En la nuit solitaire

Publié le par Lionel Droitecour

Vincent van Gogh (1853-1890), La nuit étoilée

Vincent van Gogh (1853-1890), La nuit étoilée

L’univers tout entier, silencieuse mémoire,
Nous porte dans son sein comme une déité,
Et tout ce qui existe, en ce qui fut, sera
Prorogé dans l’espace en toute éternité.

Mais qu’importe la forme au chant de la conscience,
La matière où notre ombre, un jour, s’esquissera,
Demeure en l’énergie dont nous sommes prescience,
Un, parmi le virtuel, au ressaut d’une moire.

Tous les possibles sont en moi inscrits céans,
La limite en ceci est mon imperfection ;
En la porte des sens il est un contenu
Que le contenant force par destination.

Mais ce n’est qu’un instant dans un continuum,
Tout esprit s’assimile à son regard ténu,
L’infini n’offre en vain nulle part au fatum,
L’horizon s’infléchit, trame des océans.

Onde, il nous reste alors à chercher l’harmonie,
En vibrant en ce chœur de nos rythmes pluriels,
Dans l’essor vertical des sonores instances
Où chante tout égo, multiple en mille ciels.

Il n’est d’autre destin, sur l’astre qui nous mène,
Que d’être ce jouet, en toutes circonstances,
Comme effeuillées d’automne au vent qui les promène,
Au hasard, musicien de cette symphonie.

Accrochée à ce corps ainsi qu’une oriflamme,
Seul au mat de cocagne où geint notre illusion,
Nous battons la tempête ou la brise, selon,
Puis nous effilochons de propre dérision.

L’étrave fend la mer et divise la vague,
L’embrun qui nous colore est un morne félon,
Qui disjoint nos agrès −ainsi ferait la dague,
Ce n’est plus qu’un chiffon, à ce jeu, que notre âme.

Envolée dans l’éther au dernier coup de lame,
Voici, nous chevauchons désormais le néant,
L’abime s’est ouverte à notre œil sans recours,
Et notre voix muette est un isthme béant.

Tout est interaction en l’univers fissible,
En l’infime portion est périple au long cours,
L’inachevé, toujours, est notre part visible,
Le reflux des marées appelle une autre lame.

Je ne veux rien savoir de ce que je deviens,
Je veux tout oublier de cet amer décombre,
Je me moque du temps, de la mémoire d’être,
Oh, je veux me dissoudre au royaume de l’ombre.

Je n’ai d’autre projet que d’être en l’éphémère,
Ce papillon heureux qu’un soleil fait paraitre,
Pour effacer soudain au deuil de la lumière,
Dont l’humble fleur des champ, un moment, se souvient

Et puis le vide, enfin, pour guérir ma blessure,
Pour tarir cette source au désir malfaiteur
Qui mûrit en dégout, dans mon sein qui s’égare,
Et lutte pied à pied contre ce maraudeur.

Certes, libre serai loin de ce cimetière,
De tous ces morts-vivants qui peuplent mon regard,
Je ne veux, ici-bas, pas la moindre prière,
Aussi le juste oubli pour seule sépulture.

Je ne fus en ce lieu qu’une forme grégaire,
Si j’ai vu le bonheur ce ne fut que de loin,
Ou pour un bref remord à remâcher souvent,
Dans l’infecte limon de ce corps en besoin.

Je fus la pénurie dont l’amour se lamente,
Ma vie fut ce brasier allumé en plein vent
Qui disperse sa cendre inutile en la sente
Et brûle sans témoin en la nuit solitaire.

décembre 2013

 

Publié dans Spiritualité

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