Conjuration

Publié le par Lionel Droitecour

Vincent van Gogh (1853-1890), chant labouré, à l'aurore

Vincent van Gogh (1853-1890), chant labouré, à l'aurore

Non seulement des feuilles, mais des bouts d’écorce ;
Non seulement mon cœur, mais aussi ma douleur
Et puis tout l’héritage ancien de mon malheur,
Qui m’épuise et me glace et me laisse sans force.

Parfois, si je m’élance, il pèse sur mon front
Et mêle à mon effort l’échec au ris sournois,
Comme le charognard qui attend mes effrois
Et couvre mon émoi de ses ailes de plomb.

Sous sa menace, ainsi, je pousse en vain mon corps ;
Un jour, un autre encore et puis la mort, peut-être,
Pour adoucir le cours de ce morne inconfort.

À moins que, d’un poème, en conjurant le sort,
J’apaise l’amertume en ordonnant ma lettre
En un rempart de mots, où je pourrais renaître.

octobre 2006

Publié dans Art poétique

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