Comme terne luciole

Publié le par Lionel Droitecour

Caddie, une sculpture de Duane Hanson (1925-1996)

Caddie, une sculpture de Duane Hanson (1925-1996)

Je viens, de ma broutille, encombrer le réel,
Je fais mon entrechat, mène ma contredanse,
Obsolète menuet, à moins que valse lente,
En la trame d’ennui des musiques distraites.

J’y devise, de loin, en mes pâles retraites,
Je soupèse, je pense et, parfois, je commente,
En silence toujours, vain jongleur de l’absence,
Histrion sans bagout et pâle ménestrel.

Ainsi dans un chœur vain, bridant mes contrejours,
J’appareille dans l’aube, aux songes d’artimon,
Prêt à soumettre aux vents le caquet de ma hune,
Voyageur au long cours en la brève apparence.

Sans plus s’embarrasser de notre incohérence,
Accaparé de sens ou de bonne fortune,
Notre désir s’abroge où finit ce limon,
Marionnette asservie d’étiquette et de cours.

Tout assoiffé de soi, souteneur de sa vie,
On vend sa pauvre étoile à l’encan du marché,
Pourvoyeur éventé de sa propre démence,
Chaland d’une l’illusion qu’éblouit le regard.

Un insolent mentor bouscule, sans égard,
Le misérable écho de la pauvre romance
Induite en nos propos, mensonge harnaché,
Qui parade en nos chairs et que la mort convie.

Nous menons en ce corps, aux mouvements fortuits,
Le train qu’il nous permet, de sa propre échéance,
Mesurant de nos bras le ciel et sa limite,
Nos yeux sur l’horizon qu’ils dessinent en nous.

D’un rêve appesantis, nous vivons à genoux,
Seul en la foule immense ainsi qu’un pauvre ermite,
Toujours marchant au bord d’une intime béance,
L’ignorance sans cesse empoisonnant nos fruits.

Convive du futile ou bateleur de foire,
Fanfaronnade qui se roule dans sa fange,
Victime expiatoire de nos propres déroutes,
Nous sommes ce fanal en l’obscurité moite.

Notre cœur n’est jamais qu’une petite boite,
Le sonnet douloureux où rimeront nos doutes,
Ce dément habité par une fête étrange,
Aux volages accents d’une âme dérisoire.

Il n’est rien à comprendre en ce vague tourment,
Ce voyage est à peine simple transition,
Rencontre de matière en un point rassemblée,
Demain à se dissoudre aux rives de l’éther.

Retour d’une saison au chant de Déméter,
Voici, au fil des jours, en la nasse incomblée,
La conscience pareille à une dormition,
Et ce savoir, aigu, qu’en l’espèce on se ment.

Il reste à se griser des ondes frelatées
Du prêt à consommer, rebattre sa breloque
Au paradigme absurde où l’être est un client,
Pacotille, fantasme ivre de sa bombance.

De ce peu on se dit, certes, que c’est Byzance,
Au vide en nous creusé on se veut compliant,
L’ego en bandoulière en vague pendeloque,
Nos morgues à l’encan, emphases cravatées.

Et dans un petit cercle on fait sa cabriole,
On dégoise, on débat, on beurre sa tartine,
On avance grimé au carnaval humain,
Epouvantail marri d’un réel indigent.

Lâche, veule, et surtout pour soi-même indulgent,
Voyant mourir sa vague en chaque lendemain
À vivre, seulement, sans fard on se destine,
Abdiquant la pensée, comme terne luciole.

septembre 2013

Publié dans Névrose

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